vendredi 3 mai 2013

Les aventures de Kotochon et Binichon

Quarante ans plus tôt. Dans cette douce nuit d’encre, au cœur d’un village, le petit KOTOCHON révise ses leçons à la lumière chancelante d’une lampe-tempête. Comme pour l’encourager, les grillons intensifient leur cri-cri. La nuit est douce et le village s’endort paisiblement. Demain il devra se lever à l’aurore, aider sa mère à puiser l’eau du puits et parcourir 12 km à pied pour rejoindre l’école qui accueille tous les enfants du bourg. Parmi eux son condisciple, BINICHON, qui partage le même quotidien, les mêmes rêves, les mêmes ambitions.  
Quelques années plus tard, lorsqu’il fallu partir de la région pour intégrer le collège puis l’université, le village n’avait toujours ni électricité ni eau potable. 
Par leur abnégation au travail, KOTOCHON et BINICHON parvinrent à intégrer les meilleures écoles du pays. Grâce à leur travail et à l’aide de leur pays, ils bénéficièrent d’une bourse pour une formation à l’étranger. Oui, d’un village perdu dans le fin fond du pays, de jeunes pouces pleines de promesses ont eu la possibilité d’aller plus loin pour réaliser leur rêve et mettre leurs compétences au service de leur pays. 
De nos jours. Le temps a passé. KOTOCHON et BINICHON occupent de hautes fonctions dans le pays. Ils sont aisés, ils sont connus. Ils ont de nouvelles ambitions, car au-delà de leur réussite apparente, ils aspirent à mieux : le besoin de « reconnaissance et de pouvoir»….malheureusement pour eux-mêmes !  
Vint alors les ambitions politiques et les premières contradictions. Le nombrilisme et l’égoïsme qui chassent les premières valeurs. Les premiers questionnements aux antipodes des vraies questions de développement avec pour corollaire, l’apparition et l’installation d’un profond schisme. Voici venir les jours où l’antagonisme, la jalousie et une compétition destructive se font jour. Aussi, KOTOCHON et BINICHON, ces enfants issus d’un village défavorisé se lancent-ils dans une course de « démonstration massive de biens et de pouvoir» : qui aura la voiture la plus chère ? Qui aura la plus grande et la plus belle maison au village ? Qui est le plus à même d’occuper une fonction politique dans la région? Qui enfin attirera à lui, lorsqu’il se déplacera le week end au village, le plus grand nombre de villageois nécessiteux qui attendront dans la cour avec leurs problèmes et leurs chapelets de doléances. Oui le village n’a toujours ni eau potable ni électricité. N’aurait-il pas fallu, que deux fils d’un même village réfléchissent et travaillent de concert pour leur village, leur région, leur pays en utilisant au mieux leur richesse ? Quel est en effet le coût d’une pompe villageoise, d’un dispensaire, d’une petite école, de petites bourses scolaires… ? Bref, pour le moment, KOTOCHON et BINICHON dorment paisiblement dans leur « château » qui dispose chacun d’électricité, grâce à un groupe électrogène.  
Dans cette autre douce nuit d’encre, semblable à celle d’il ya quarante ans, les deux villas brillent comme les yeux d’un hibou dans un paysage désuet. Dans le ronronnement de la climatisation, KOTOCHON et BINICHON n’entendent plus le cri-cri des grillons qui, cette fois-ci, hurlent la misère de tout un village.
 

jeudi 6 décembre 2012

Freedom


Il est des jours où sa personne ne compte pas ; où son petit confort ne compte plus. Il est des jours où le courage d’un seul arrive à faire changer le monde. Il est des jours historiques en effet, où par le sacrifice d‘un seul ou d’un groupe de personnes, le quotidien se transforme et laisse poindre à l’horizon les rayons sublimes de « l’impossible ».
Rosa Louise Mc Cauley Parks, dite Rosa Parks, devient une figure emblématique de la lutte contre la ségrégation raciale aux États-Unis, lorsqu’elle refuse le 1er décembre 1955, dans la ville de Montgomery en Alabama, de céder sa place à un passager blanc dans un bus.  Elle est alors arrêtée et inculpée. Les noirs devaient en effet s’asseoir à l’arrière des bus, tandis que les premières rangées étaient réservées aux blancs. Le Montgomery Improvement Association est alors mis sur pied par des leaders de la communauté afro-américaine avec comme président Martin Luther King. Ces défenseurs des droits civiques, lancent une vaste campagne de protestation et de boycott contre la compagnie de bus…pendant 381 jours. Leur revendication principale, que les blancs et les noirs puissent s'asseoir où ils veulent dans l'autobus. Le 13 novembre 1956, la Cour suprême déclare que la ségrégation dans les bus est anticonstitutionnelle.
Quelques années plus tard, face aux Etats du Sud qui conservent toujours leur politique ségrégationniste, les Freedom Riders initient une action pacifique. Ils veulent utiliser les bus inter-états pour tester l'arrêt de la Cour suprême qui rend illégale la ségrégation dans les transports. Le 4 mai 1964 le premier militant du mouvement part de Washington DC pour la Nouvelle-Orléans. Le mouvement s’amplifie, la répression…terrible ! Mais face à la haine, au Ku Klux Klan et aux émeutiers qui cassent et brulent les bus, ces hérauts de la non-violence offrent leur silence, leur sourire, leurs chants et leur soif insatiable de liberté. Le mouvement s'achève lorsque  le procureur général des États-Unis, Robert Kennedy, envoie une injonction qui force les États ségrégationnistes du Sud à appliquer la loi fédérale.

Martyrisés et emprisonnés en masse, ils étaient chaque jour de plus en plus nombreux à chanter la liberté. Ce qui est remarquable, c’est que des hommes et des femmes, des noirs, des blancs, des chrétiens, des juifs et des musulmans, ont su se retrouver autour d’une cause noble devant laquelle leur petite personne ne comptait plus. Au plus profond d’eux-mêmes, le miroir de leur conscience ne renvoyait plus que le vrai visage de l’homme qui se réconcilie avec son humanité.

En hommage à la mère du mouvement des droits civiques, le Révérend Jesse Jackson s’exprima en ces termes : « Elle s'est assise pour que nous puissions nous lever. (...) Paradoxalement, son emprisonnement ouvrit les portes de notre longue marche vers la liberté. »


mercredi 3 octobre 2012

Vers un écosystème favorable


Seul sur le rivage, le marin scrute l’horizon. Il essaie de lire dans la brise ou dans le vent qui se lève, le temps qu’il fera. Prendra-t-il la mer ? Lui seul le sait. Tantôt optimiste…tantôt pessimiste, tantôt motivé…tantôt las, tantôt clairvoyant….tantôt perdu ; telle est la météo de notre existence. Pour faire un pas en avant, l’Homme est continuellement balloté dans un écosystème qui peut être favorable ou défavorable. Pour prendre sa décision, il présentera au plus profond de lui-même, les deux faces d’une même médaille : rester immobile ou avancer.

Notre écosystème nourrit nos peurs, qui demeurent intimement liées aux notions de risque et d’incertitude. Oui, lorsque le pêcheur décide à l’aurore, de prendre la mer, il affronte les éléments avec courage et détermination, mais il ne sait pas si la journée sera fructueuse. Dans son écosystème, il est admis de rentrer bredouille et de recommencer le lendemain ; on louera son courage et la communauté des pêcheurs profitera de cette expérience additionnelle.

A l’opposé de cette pratique, notre écosystème local ne permet pas de libérer notre énergie créatrice. L’entrepreneur ou celui qui a un projet, peut être alourdi par une réalité bien de chez nous : un entourage qui le découragera en lui communiquant sa propre peur. Un entourage qui attendra avec délectation qu’il se casse les dents. Une société qui le dévalorisera quant il trébuchera ou échouera la première fois.

Alors la peur de l’échec nous étreint, le statu quo nous apparait alors comme l’alternative la moins risquée. Des idées meurent, des projets sont détruits et l’étincelle de l’innovation ne scintille plus dans l’obscurité de notre écosystème.

Sous d’autres latitudes, notamment sur la côte ouest des Etats Unis, un exemple d’écosystème peut nous inspirer. Il libère l’homme de ses peurs. Ses murmures n’arrêtent pas de dire d’agir, d’y croire, d’avancer. Et si l’échec survient au détour d’une expérience, il concevra que cet échec nous offrira tout de même un brin d’expérience qui nous fera triompher plus loin.

Aussi, ne nous reste-t-il plus qu’à redéfinir notre écosystème, sans jougs, sans frontières, sans limites. S’il est vrai que nous avons aujourd’hui pleinement intégré les applications d’Apple, il nous faudra également être sensible à cette invite de Steve Jobs lorsqu’il nous encourage en ces termes : « Soyez insatiables, soyez fous. C’est vrai que ce n’est pas dans le statu quo qu’on se préparera un avenir meilleur. Ni la frilosité et les certitudes qui nous permettront d’avancer ».

Avançons donc ! Osons mettre en œuvre nos idées et réaliser nos rêves. Même si nous n’avons pas réussi la première fois, la seconde fera certainement éclore une magnifique flamme qui changera notre quotidien et celui de notre pays.


lundi 16 avril 2012

Printemps et hiver Arabes


L’hirondelle n’a pas annoncé ce printemps là. C’est bien, Mohamed Bouazizi, un jeune marchand de fruits et légumes qui, en s'immolant par le feu en Tunisie a, par son geste, enflammé le monde arabe.

Ce drame, qui aurait pu passer presque inaperçu, s’est mué en un gigantesque tsunami dont les ondes de chocs ont fait trembler les fondations du monde arabe. En effet, de Tunis à Damas, des monarchies du golfe en passant par le Caire ou Tripoli, un soulèvement populaire s’est mis en marche avec les mêmes cris et les mêmes revendications : la liberté, la démocratie et de meilleures conditions de vie. Ce mouvement systémique, qualifié de « printemps arabe », même s’il partage le même épicentre a connu des formes et fortunes diverses : chute de Ben Ali et de Moubarak, mort de Kadhafi, réformes au Maroc, situation toujours dramatique en Syrie…

S’il est vrai que le printemps apporte douceur et renaissance de la nature, il n’en demeure pas moins que cette saison laisse place à l’automne puis à l’hiver. Passé les hourras et les youyous des femmes, qui annonçaient la délivrance du peuple, est apparu insidieusement l’automne. Aussi, les feuilles du dattier se sont-elles flétries, laissant la place à un paysage moins reluisant. Déjà, des courants islamistes, qui couvaient sous le boisseau, sont apparus dans certains de ces pays ; les interrogations également : les nouveaux leaders islamistes sont-ils de bonne foi lorsqu’ils donnent des gages de démocratie à la communauté internationale ? Les populations ne se retrouveront-elles pas prisonnières de leur propre révolution ?

J’ose espérer que cette période cruciale pour le monde arabe, en ouvrant la porte à la liberté par le « printemps arabe » n’a pas également ouvert une boîte de pandore qu’il sera difficile de refermer.

Victor Hugo nous souffle en effet à l’oreille cette maxime : « Les révolutions ont un besoin de liberté, c’est leur but, et un besoin d’autorité, c’est leur moyen. La convulsion étant donnée, l’autorité peut aller jusqu’à la dictature et la liberté jusqu’à l’anarchie. »

Le vrai sacrifice est celui qui produit des beaux et bons fruits. Quels seront les fruits de celui de Mohamed Bouazizi pour que le « printemps arabe » ne se transforme pas en « hiver arabe »?

vendredi 23 décembre 2011

La Tenue et les Symboles


Il était une fois, à l’aurore, la tenue fut confiée et portée par un agent assermenté. Il en prit soin, elle était toujours propre et bien repassée. La tenue le lui rendait bien, elle conférait autorité, respect et donnait envie à ceux qui s’en approchaient.

Puis vint une matinée au cours de laquelle, celui qui la portait oublia son serment, oublia la cérémonie pendant laquelle il reçu ses attributs et l’instant pendant lequel il fit corps avec elle. La tenue entra alors dans des lieux où elle n’avait pas le droit d’être ; elle endossa, malgré elle, des pratiques qui altérèrent son prestige. D’infidélité en compromission, la tenue se froissa, devint sale et terne. Un désamour apparut de surcroît entre elle et la population. Alors vint des jours sombres, des jours pendant lesquels même ceux qui avaient un peu de respect pour la tenue, lui tournèrent le dos, l’insultaient, la dénigraient…. Elle entra alors dans une phase de déprime extrême.

Dans cette situation ubuesque, arriva un après-midi des haillons, des tenues dépareillées, des « non-tenues » qui prirent pendant un moment sa place. Elles n’avaient pas de statut, n’avaient prêté aucun serment. Dans l’absolu, elles prirent une place qui n’existait plus que par défaut, car la tenue était maintenant loin du service, de la mission, de ce qu’elle devait incarner.

Soudain, au crépuscule, vint la lumière ! Certains se mirent à rechercher la tenue, pendant que d’autres implorèrent son retour. Tout le monde se tourna alors vers elle. Au cœur de la nuit, chacun prit brutalement conscience qu’au-delà du tissu, la tenue, sans parole, incarnait une réalité immatérielle et fédératrice.

La tenue a en effet « un pouvoir magique ». Elle fait abstraction de la condition sociale de celui qui la porte en lui conférant une autorité ou des valeurs qu’il doit incarner et mériter.

En définitive, les distinctions républicaines, les valeurs et les symboles sont certes fragiles, mais ils survivent aux hommes : la légion d’honneur fut créée par Napoléon Bonaparte en 1802 pour récompenser les mérites acquis par les citoyens, en dehors de toute considération sociale ou héréditaire. Cette « petit médaille » continue de faire battre le cœur de celui qui la reçoit.

Friedrich Nietzsche disait ceci : « Tout ce qui a son prix est de peu de valeur. »
Chacun de nous a une tenue qui n’a pas de prix; alors portons la humblement et dans la dignité !

lundi 20 décembre 2010

50 piges. So what


50 piges. So what !

1960, année des indépendances ! Année charnière qui préfigurait une ère nouvelle et radieuse pour bon nombre de pays africains.

J’ai revu les images d’archive du défilé sur le pont Houphouët-Boigny à Abidjan. J’ai vu des populations dans des vêtements d’apparat impeccables, le torse bombé ; elles avaient fière allure.

Je me suis imaginé cet instant unique. Des festivités au son des grelots, des tam-tams et des balafons. Des festivités au son de « indépendance tcha tcha ». Des « bals poussière » au cours desquels, comme une complainte sur notre histoire, s’élevait vers le ciel la poussière de la mère Patrie. Ces bals laissaient surtout s’élever, libre comme la poussière, les espoirs des fils et filles de cette terre riche et généreuse. Que de souvenirs pour nos aînés qui se remémorent cette époque avec nostalgie et avec un brin d’émotion.

Oui 50 années ont passé comme un fleuve tumultueux et je ne peux m’empêcher de poser cette question : qu’avons-nous fait de notre indépendance ?

Le bilan mitigé après 50 ans d’indépendance est factuel et me laisse songeur. Je voudrais volontairement occulter les causes exogènes et jeter un regard sur les causes endogènes. Les causes qui nous collent à la peau, les causes qui mettent à nu nos propres incohérences et nos turpitudes.

En regardant du côté des dragons asiatiques, nous ne pouvons qu’être interpellés par l’exemple de Singapour.

Singapour qui, depuis toujours, a très peu de ressources naturelles. Oui Singapour, qui n’a pas encore fêté le cinquantenaire de son indépendance (indépendante depuis 1965) mais qui est aujourd’hui l’un des pays les plus développés et les plus prospères au monde.

Face à ce modèle de développement économique où la population dispose d'un niveau de vie parmi les plus élevés de notre planète, je constate que nous n’avons pas encore éradiqué la bilharziose.

Face à ce modèle où les services bancaires et financiers sont aujourd’hui des références au niveau mondial, je constate que malgré nos fabuleuses ressources en matières premières et humaines, nous demeurons des petits ouvriers, sans visage, de l’économie mondiale.

Face à ce modèle où les détournements sont presque inexistants et le cadre de vie aseptisé, je constate que le virus de la corruption a muté pour être dans nos sociétés multiformes, et mieux, que nous importons des déchets toxiques parce que les nôtres sont trop inoffensifs.

Aussi, à l’occasion de la commémoration du cinquantenaire de nos indépendances, ai-je vécu un contraste saisissant. J’ai ressenti une émotion particulière, un sentiment ambivalent : j’avais envie d’être joyeux mais je n’y arrivais pas ! Les festivités n’avaient plus la même saveur.

J’ai noté l’étendue de notre retard. J’ai également noté les efforts colossaux que nous devons consentir pour relever les défis qui nous assaillent.

Pour l’avenir et pour un centenaire plus glorieux, il nous faudra nécessairement restaurer l’HOMME : restaurer l’Homme par une éducation et une formation de qualité, en lui inculquant des valeurs liées au respect, au travail et à la rigueur. Il nous faudra enfin privilégier le long terme dans toutes nos actions.

C’est bien beau d’avoir 50 piges. So what ?!

mercredi 27 octobre 2010

SOLIDUS


Au cours d’un dîner, au détour d’un succulent apéritif, Elias affirma qu’il n’existe pas de réelle solidarité ivoirienne même s’il est de coutume de dire que les africains sont solidaires, et donc par syllogisme, que les ivoiriens le sont également. Mal lui en prit. Une partie des convives prirent cette assertion pour une offense personnelle. S’en suivirent des débats houleux, heureusement sans violence, pendant lesquels chaque camp, les pros Elias et les antis Elias défendirent leur position en faisant appel à la sémantique, abondamment assaisonnée de zeste d’émotion.

Elias avait en effet prit le risque de dire que dans certaines sociétés occidentales, dites individualistes, la solidarité s’exprime réellement, le plus souvent par un acte volontaire, sincère, sans relative pression morale issue des traditions, du clan ou de l’ethnie ; à la différence de la nôtre. Cette assertion de « l’école de pensée Eliastique » trouve une justification dans l’exemple suivant, qui est loin d’être isolé : en 2004 en France, après la violente tempête qui a occasionné d’importants dégâts matériels, le charpentier d’une commune sinistrée a pendant trois semaines, de 5h30 à 20h00, offert gracieusement ses services aux populations en détresse en réparant leur toiture. En outre, « l’école de pensée Eliastique » met en perspective le fait que cette solidarité, sous certaines formes, a même été valorisée par l’élaboration d’un cadre fiscal adéquat.

Les convives qui ne partageaient pas cette thèse s’arc-boutaient sur des exemples qui demeuraient significatifs pour eux :

- Les ivoiriens qui ont un emploi s’occupent de plusieurs membres de leur famille ;
- Les cadres des villages se cotisent régulièrement à l’occasion du décès d’un des leurs ;
- Dans certains quartiers les voisins s’entraident en allant jusqu’à partager les condiments pour la cuisine.

Cette bataille rangée n’offrait hélas aucune perspective d’armistice. Fort heureusement, l’un des invités qui n’était pas entre le zist et le zest offrit sa médiation et énonça ce qui suit :

- Sans faire appel à un traité de morale, la solidarité doit-elle procéder d’un pacte social prédéfini que l’individu suit par appartenance et obligation communautaire, même si le plus souvent il s’en plaint et s’endette pour y faire face ?
- N’avons-nous pas développé un « impôt social informel », bien loin de la solidarité, qui agit comme une lame de fond et qui déstructure l’équilibre financier de nos ménages ?
- La solidarité ivoirienne ne devrait-elle pas s’exprimer de la meilleure des manières à l’occasion par exemple des inondations survenues récemment à Abidjan ; quelle action de solidarité avez-vous personnellement initiée à cette occasion ?
- N’est-il pas temps de s’extirper des carcans de nos clichés et stéréotypes surannés afin de s’immerger dans une prospective débarrassée de l’épais brouillard de nos émotions?
- En définitive, Elias ne veut pas dire qu’il n’existe pas d’ivoiriens solidaires ou d’occidentaux qui ne le soient pas. Je crois à mon humble avis que la société ivoirienne, qui s’individualise de plus en plus, gagnerait à développer une vraie solidarité active, individuelle ou collective, débarrassée de toute contrainte.

Un profond silence s’installa alors, les anges passèrent, la dinde rôtie pour ce dîner commença à refroidir….

En attendant le débat reste ouvert.